Wednesday, 24 February 2016

Aditi Bulletin Issue 4 (French)

Une note de la directrice de rédaction
Cette édition d’Aditi se concentre sur l’impact du politique. Quel est l’impact du politique ? Comment est-il mesuré ? La production de cette édition était une des plus belles expériences et lire beaucoup d'articles fut très utile. Nous avons écrit à beaucoup de gens/d’organisations pour leur demander des articles, et je tiens à déclarer que presque tous ont convenu de nous en soumettre superbes et honnêtes ! Comme toujours, le Comité éditorial était vraiment enthousiaste à l'examen et a fourni des remarques et des encouragements pour tous les articles. Un bon point pour nous – c’est la première fois que nous publions l’Aditi en Français. Nous envisageons aussi la possibilité de la publier en Espagnol.


Nous remercions Shannon Sutton, Senior Program Officer et l’équipe de traduction au CRDI Canada pour traduire Aditi en Française.

Cordialement

Directrice de rédaction, Aditi


Editorial 
La quête incessante de répercussions sur les politiques – et de la meilleure façon d’évaluer ces répercussions


Enrique Mendizabal
Fondateur d’On Think Tanks


Il est plutôt difficile d’avoir une conversation au sujet des think tanks, avec des thinktankers, sans aborder le sujet des répercussions sur les politiques. Si les Think Tanks se distinguent des autres organismes axés sur la recherche par leur volonté, à tout le moins, d’éclairer les politiques, comment peuvent-ils alors déterminer s’ils y arrivent ?

Au cours des années, On Think Tanks a abordé cette question selon plusieurs points de vue et perspectives.

Nous avons soutenu qu’il n’était simplement pas possible d’évaluer l’influence, et de la quantifier. Toutefois, si cela était possible, il serait si onéreux de le faire correctement que les coûts seraient prohibitifs pour la plupart des Think Tanks – et que ces derniers préféreraient plutôt se servir de ces fonds pour faire plus de recherches ou pour investir davantage dans leurs communications.
L’évaluation serait trop coûteuse parce qu’elle exigerait de retracer (ainsi que de produire des rapports et d’évaluer les résultats en quelque sorte) toutes les sources d’influence possibles, y compris (sans toutefois s’y limiter) l’influence par la consultation, l’influence par le programme public, l’influence par le développement des compétences des groupes futurs de responsables de politiques, et l’influence par le travail d’autres chercheurs. Il est impossible d’anticiper un grand nombre de ces sources d’influence.

Il serait également présomptueux de le faire, comme les think tanks (et les chercheurs) devraient supposer qu’ils étaient les seuls à être importants et à exercer une influence pour justifier un bilan de leur influence. Ils devraient également, pour ainsi dire, oublier tous ceux qui les ont influencés, notamment les fondateurs, les autres Think Tanks, les professeurs et les mentors des chercheurs. Ils devraient aussi oublier que le hasard joue un rôle important dans toute « histoire de réussite », tout comme dans les cas où l’influence n’a pas été ressentie.

Nous avons également soutenu que prétendre une influence est un acte politique – un acte dont les Think Tanks devraient se méfier. Après tout, il s’agit d’un exercice visant à revendiquer un pouvoir que nous exerçons, de la part d’autres personnes. En prétendant être arrivé, grâce à un « excellent travail de recherche », à une idée que le ministère a adoptée, on suggère, essentiellement, que ce n’est pas le ministère qui est à l’origine de l’idée. En réclamant qu’on ait convaincu le ministère d’adopter son idée grâce à d’« excellentes communications », on prétend également avoir eu une influence sur le ministère. Les responsables des politiques deviennent des sujets passifs dans le processus politique, alors que les Think Tanks assument le premier rôle.

La quête pour évaluer l’influence devient un effort pour présenter les Think Tanks comme ayant beaucoup plus de pouvoir qu’ils en ont. En fait, cela devient un effort visant à accorder aux Think Tanks un rôle qui ne leur revient pas : l’élaboration de politiques. D’ailleurs, cela va à l’encontre de toute théorie du rôle de Think Tanks dans la société. Ils sont invariablement présentés comme étant un pion dans le jeu d’un autre : pouvoir corporatif, partis politiques, état, philanthropie, médias, etc. Ces entités ont toutes infiniment plus de pouvoir que les Think Tanks.

Nous avons affirmé que cette allégation et les stratégies adoptées pour influer sur les politiques peuvent miner la bonne élaboration de politiques. Après tout, nous ne voulons pas des responsables de politiques qui sont facilement influençables. Tout comme ils nous ont écoutés aujourd’hui, ils pourraient écouter quelqu’un d’autre demain et changer d’idée.

N’oublions pas non plus que nous pourrions avoir tort; nous ne voulons pas qu’ils nous croient sur parole. Nous voulons qu’ils soient en mesure de prendre leurs propres décisions en fonction de facteurs comme leurs expériences, leurs valeurs, et différentes sources de preuves et de conseils.
Nous tenons aussi à ce que les responsables des politiques soient responsables de leurs décisions. C’est la raison pour laquelle nous les avons élus ou nommés. Les Think Tanks, lorsqu’ils prétendent avoir eu une influence, sont heureux de se voir attribuer le mérite, mais jamais d’assumer la responsabilité. En fin de compte, le responsable des politiques sera responsable de la décision qu’il a prise, quelle qu’elle soit, alors que le think tank sera passé à autre chose depuis longtemps, et sera en train de prétendre une influence sur une autre décision politique.

Lorsqu’il est question d’influence, les Think Tanks doivent comprendre qu’il y a une différence entre leurs objectifs et ce qu’ils devraient mesurer. Il est possible de considérer un objectif à long terme comme une direction de déplacement ou comme un cri de ralliement pour une organisation ou un réseau, tout en étant parfaitement à l’aise d’évaluer les changements plus près d’eux.

Les changements de politiques, ou le « succès », ne peuvent pas être interprétés comme une preuve que tout le travail du think tank était bon : le changement voulu peut être simplement le fruit du hasard. D’autre part, il peut y avoir eu « échec » même si le travail du think tank était en tous points parfait.

En ce qui concerne l’influence sur les politiques, les Think Tanks devraient surtout se préoccuper des facteurs qu’ils peuvent contrôler et pour lesquels ils sont tenus responsables : la qualité de leur recherche et de leurs communications, leur réputation auprès des médias, de la communauté politique et du grand public; la qualité de leurs employés, et la santé de leur organisation.
Aucun de ces éléments ne peut garantir une influence sur les politiques mais peut accroître les probabilités que les résultats, le cas échéant, soient positifs.




L'article

Trois questions pour éclairer la méthode d’évaluation de vos répercussions sur les politiques
par Julia Coffman, Center for Evaluation Innovation


La réunion Southern Voice à Dar es Salaam et le positionnement de la STIPRO par rapport au discours concernant l’influence sur les politiques 
par Constatine Deus - Researcher and Policy Advocacy Officer at STIPRO and  Laurian Pima - Communications Officer at STIPRO

Surveillance après l’effondrement du Rana Plaza : Une initiative de la société civile
Équipe du CPD

Lutter contre l’asymétrie de l’information concernant l’adoption de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment de l’Inde – Le cas de NITI Aayog
par Astha Ummat Jeune professionnel NITI Aayog 

Expérience dans l'impact des Politiques
par Vanesa Weyruch Consultante indépendante et chercheuse adjointe au CIPPEC

Une note d’introduction à l’article d’Alex Gywther : « Want an Impact. Tell a Good Story
par Alex Gywther Communications Manager at UKCDS

Approches et défis pour évaluer les répercussions sur les politiques
par Andriy Andrusevych and Zoryana Kozak Experts principaux des politiques Resource & Analysis Center Society and Environment

La lutte contre le tabagisme en Afrique Occidentale
par Prof. Diagne Abdoulaye Director CRES

Surveillance de l’infrastructure par les citoyens – Expériences d’un projet sur les routes du plan PMGSY
par Sebin B. Nidhiri Programme Officer, Public Affairs Centre

Influence sur les politiques – Signification et évaluation 
par Stephen Yeo Premier dirigeant African Centre for Economic Transformation (ACET)




Entrevues

Dr. Samar Verma Administrateur de programmes principal IDRC, New Delhi

Anil Kumar Jain Conseiller (Énergie, changement climatique et engagements outre-mer) NITI Aayog 

Andrew Hurst Chef de programme, TTI CRDI, Canada
Idée - Dr. Jai Asundi, Principal Research Scientist, CSTEP
Auteur de l'illustration - Sandeep Khasnavis, Graphic Designer, CSTEP



Un compte rendu d'un outil d'évaluation

Analyse de l’article  Monitoring and evaluation of policy influence and advocacy
Révisé par Neeta Krishna Professeur agrégéRH  Father C Rodrigues Institute of Management Mumbai



Lectures intéressantes

1. Policy Impact, Evaluation and Change (Répercussions sur les politiques, évaluations et changements)
Résumé : Évaluer les répercussions des politiques publiques est une partie essentielle du travail de tous les gouvernements. Il est important que les répercussions des politiques élaborées et mises en œuvre par différents ordres du gouvernement soient examinées et évaluées. Les répercussions sur les politiques ont deux composantes – les extrants et les résultats. Cette présentation propose des méthodes pour évaluer les répercussions sur les politiques.

2. 15 Ways Of Measuring Think Tank Policy Outcomes (Quinze façons de mesurer les résultats des Think Tank sur les politiques) – Forbes
Résumé : Les Think Tanks peuvent être confrontés à des défis d’évaluation des répercussions qui sont semblables à ceux que doit relever la bureaucratie. Souvent, les répercussions réelles de la recherche d’un Think Tank se font sentir seulement dans un avenir lointain. L’auteur propose 15 façons de mesurer des répercussions plus immédiates, y compris des évaluations des extrants et des résultats.

3. Communications and Impact Metrics for Think Tanks (Les communications et les mesures des répercussions pour les Think Tanks)
Résumé : Un article exhaustif rédigé par Fred Kuntz, ancien vice-président des Affaires publiques au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI) d’après son expérience en tant que communicateur dans diverses industries. L’auteur établit le contexte en expliquant comment la communication est réalisée dans un Think Tank, et l’importance de celle-ci. Il souligne ensuite les problèmes auxquels est exposé un Think Tank en ce qui concerne l’évaluation de ces répercussions sur les politiques, en faisant particulièrement allusion aux défis liés à l’attribution. Finalement, il propose une liste de 15 mesures dont un Think Tank peut se servir pour évaluer son rendement et ses répercussions.

4. How do you measure a think tank’s impact? (Comment mesurez-vous les répercussions d’un Think Tank ?)
Résumé : Cet article présente la planification, la méthodologie et les résultats d’une évaluation des répercussions effectuée par le Mowat Centre au Canada, sur ses propres activités. Pendant la planification de cette évaluation, on s’est rendu compte que les difficultés principales auxquelles sont confrontés les Think Tanks lorsqu’ils essaient d’évaluer les répercussions sur les politiques concernent le problème d’attribution directe. L’article décrit ensuite une approche en trois volets utilisée par l’organisation pour évaluer ses répercussions sur les politiques, et les leçons tirées de cet exercice d’évaluation des répercussions. 

5. What is the evidence on evidence-informed policy making? (Quelles sont les preuves sur l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes ?)
Résumé : En février 2012, à la conférence internationale sur l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes au Nigeria, plus de 50 délégués de 18 pays ont discuté, en profondeur, des défis à relever par les organismes de recherche pour éclairer l’élaboration des politiques. Un des enjeux principaux qui est ressorti des discussions est le manque de données probantes concernant la capacité réelle des responsables des politiques de se servir des données émanant de la recherche, et le fait qu’il existe encore moins de données sur les stratégies efficaces pour renforcer les capacités des responsables des politiques. 

6. Demonstrating impact: planning, partners and telling stories (Démontrer les répercussions : planification, partenaires et anecdotes)
Résumé : Les intervenants, particulièrement les bailleurs de fonds, demandent de plus en plus aux organisations de recherche et aux Think Tanks de démontrer les répercussions de leur recherche. En septembre 2015, la London School of Hygiene & Tropical Medicine a organisé une séance de discussion de deux jours sur l’importance de démontrer les répercussions, et les outils dont l’école pourrait se servir pour démontrer ses répercussions. Cet article présente les perspectives mises en évidence par les participants sur la façon dont ils comprennent les répercussions « hors du milieu universitaires » et une série de recommandations pour mieux démontrer ce type de répercussions.
7. Building impact over time: experiences from Zimbabwe (Entraîner des répercussions au fil du temps : Expériences du Zimbabwe)
Résumé : Dans cet article, le directeur du STEPS Centre de l’ESRC de l’Institute of Development Studies de l’Université du Sussex relate l’expérience de son organisation pour engendrer des répercussions sur les politiques à long terme. Il met l’accent sur l’importance de créer et de mesurer des « répercussions durables », qu’on ne peut pas engendrer en l’espace de trois à cinq ans. En se servant de la politique de réforme agraire du Zimbabwe comme étude de cas, l’auteur souligne que le secret pour entraîner des répercussions durables est de faire participer les autres aux nouvelles recherches, et de développer les capacités pour y parvenir. Le débat demeurera le même tant qu’on n’aura pas un corpus de recherche plus large qui confirme les nouveaux résultats, qui les augmente, et qui les remet parfois en question.

Compilation effectuée par
Arushi Sen, conseiller principal en communications, CSTEP




L'article - Julia coffman

Trois questions pour éclairer la méthode d’évaluation de vos répercussions sur les politiques

Julia Coffman
Center for Evaluation Innovation



Pour les Think Tanks et les autres agissant de façon à avoir une influence sur les politiques publiques, il peut être difficile d’évaluer ses répercussions dans un milieu politique complexe et chargé. Nous recommandons de répondre à trois questions clés pour tenter de déterminer si son travail relatif aux politiques fait une différence.

Question 1 : Qui sont vos publics ?

Les efforts d’influence consistent en fin de compte à transmettre efficacement de l’information à des individus ou à des groupes pour les mettre au courant de facteurs liés à un enjeu politique, pour qu’ils réfléchissent à ces facteurs, ou bien pour les inciter à faire quelque chose différemment concernant cet enjeu. La recherche et le contenu que fournissent les Think Tanks sont un élément essentiel du processus d’influence, mais il est tout aussi important de « nouer un dialogue avec les journalistes, les défenseurs, les responsables des politiques, et d’autres personnes qui pourraient interpréter les résultats et s’en servir ».

Les publics sont composés des groupes et des individus que les Think Tanks ou les autres influenceurs ciblent et tentent d’influencer ou de convaincre. Ils représentent les acteurs principaux dans le processus politique et se situent dans l’une des trois catégories : 1) le public (ou des segments précis de celui-ci), 2) les intervenants ayant une influence sur les décisions (p. ex., les médias, les dirigeants communautaires, les gens d’affaires, les leaders d’opinion, les conseillers politiques et d’autres organismes de défense des droits), et 3) les décideurs (p.ex., dirigeants élus, administrateurs et juges). Les stratégies d’influence peuvent cibler un seul public, ou plusieurs publics simultanément.

Il est important de déterminer précisément son public ciblé parmi ces catégories. « Ceux qui souhaitent éclairer la prise de décisions par le biais de recherches et de preuves devraient éviter de parler de “responsables des politiques” de façon générale », par exemple. Bien qu’il y ait trois grandes catégories de publics qui peuvent être mobilisés, qui cible-t-on dans ces catégories ?

Les Think Tanks ayant des théories de changement et des stratégies de communication connexes auront déjà des réponses claires à la question concernant le public.

                                      Example Audiences

Question 2 : Quels sont les changements visés de la part des publics ?

Les changements sont les résultats visés par les think tanks et les autres influenceurs chez les publics afin d’accomplir des progrès en vue d’un objectif politique. Il y a trois grandes catégories de changement, et elles se situent toutes le long d’un continuum selon l’importance attendue de la participation d’un public par rapport à un enjeu politique en vue d’avoir l’influence que les Think Tanks tentent d’obtenir. 

Le continuum commence par une sensibilisation  ou des connaissances de base. L’objectif dans ce cas consiste à communiquer au public qu’il existe un problème ou une solution stratégique possible. Le prochain point est la volonté. L’objectif dans ce cas est d’accroître la volonté du public de prendre des mesures par rapport à un enjeu. Il ne s’agit pas simplement de sensibiliser le public, mais plutôt de tenter de le convaincre que le problème est suffisamment important pour justifier la prise de mesures, et que toute mesure prise fera véritablement une différence. Le troisième point est l’action. Dans ce cas, les efforts d’influence appuient réellement les mesures prises par un public par rapport à un enjeu, ou facilitent la prise de ces mesures. Encore une fois, les stratégies d’influence peuvent cibler un changement auprès d’un public, ou de plusieurs publics simultanément.

                               Example Audience Changes

N’oubliez pas que pour qu’il y ait un changement de politique, quelqu’un doit ultimement faire quelque chose différemment de la façon actuelle. Les efforts d’influence doivent motiver quelqu’un à agir. Des décennies de recherche ont démontré que la sensibilisation à un enjeu ou à un problème n’est pas suffisante pour pousser les gens à agir. L’éducation en soi ne se traduit pas par la motivation, et de nouvelles connaissances ne mènent pas automatiquement à un changement d’attitude ou de comportement.

Question 3 : Comment allez-vous cerner les changements du public ?

Une fois que les deux premières questions ont obtenu une réponse, les évaluations de l’influence sur les politiques peuvent viser à évaluer si les changements relevés pour le public ont eu lieu. Les définitions de chaque résultat et les mesures qui pourraient indiquer si ces changements sont survenus peuvent aider à rendre opérationnels les changements du public en indicateurs mesurables.

Cerner les changements du public peut comprendre une liste connue de méthodes de collecte de données traditionnelles, comme les enquêtes, les entrevues, les groupes de discussion ou la scrutation. Toutefois, comme le processus d’influence dans un milieu politique peut être complexe, et que les résultats du public peuvent être difficiles à mesurer (p. ex. volonté du public ou volonté politique), des méthodes novatrices ont été élaborées précisément pour évaluer les efforts d’influence sur les politiques. Les entrevues de chefs de file (bellwether interviews), le suivi des champions (champion tracking) et les notes des responsables des politiques (policymaker ratings) pourraient s’avérer particulièrement utiles pour les think tanks.


L'article - Costantine Deus

La réunion Southern Voice à Dar es Salaam et le positionnement de la STIPRO par rapport au discours concernant l’influence sur les politiques 

Costantine Deus
Researcher and Policy Advocacy Officer at STIPRO



Laurian Pima
Communications Officer at STIPRO



La Science, Technology and Innovation Policy Research Organisation (STIPRO), en collaboration avec le secrétariat du réseau Southern Voice, les Think Tanks de la Tanzanie de l’organisme Research on Poverty Alleviation (REPOA) et l’Economic and Social Research Foundation (ESRF), ont organisé conjointement une réunion de trois jours concernant la formation sur la méthodologie de recherche triangulaire et la planification stratégique sur l’avenir du réseau Southern Voice. Cette réunion a eu lieu à Dar es Salaam, en Tanzanie, du 12 au 14 octobre 2015.

La réunion a été organisée après l’adoption du programme des objectifs du développement durable de 2030 ayant comme objectif de discuter de l’avenir du réseau Southern Voice dans le contexte d’assurer un suivi étroit de la mise en oeuvre du programme de développement pour l’après-2015. Le réseau Southern Voice, souvent abrégé par réseau SV, est le résultat d’un partenariat de 49 Think Tanks d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, et agit à titre de plateforme ouverte pour apporter des contributions au discours international sur les objectifs de développement durable (ODD). L’initiative a été concrétisée à une réunion des boursiers de l’Initiative Think Tank (ITT) tenue au Cap, en Afrique du Sud (du 18 au 20 juin 2012) dans le but d’apporter des contributions au discours international concernant ce qui devrait succéder aux objectifs de développement du millénaire (ODM).
En ce qui concerne les résultats de l’événement SV de Dar es Salaam, il y avait des enjeux qu’il conviendrait de noter par rapport au positionnement de la STIPRO dans le contexte de l’influence sur les politiques. Ils comprennent le renforcement du réseau entre la STIPRO et d’autres Think Tanks, à l’échelle locale et internationale, l’obtention de la reconnaissance des responsables des politiques, particulièrement concernant le rôle de la STIPRO par rapport aux enjeux liés au neuvième objectif des ODD (industrie, innovation et infrastructure). L’événement a également attiré l’attention des médias, qui ont établi un profil de la STIPRO en lien avec le débat politique du pays. Les chercheurs débutants de la STIPRO ont acquis davantage de connaissances sur la recherche et son rôle dans le débat politique des ODD.
La STIPRO avait organisé un événement et avait convié un invité d’honneur de la Commission de planification nationale (Tanzanie) qui a fait une déclaration que pour « tous les efforts d’application du programme de développement de l’après-2015, le Gouvernement dépendra des établissements de recherche comme la STIPRO pour assurer la surveillance et la mise en œuvre harmonieuses des ODD ». Il s’agit d’un signe encourageant du gouvernement d’accueillir les chercheurs dans le discours politique sur les ODD à l’échelle nationale.

L’événement Southern Voice de Dar es Salaam a créé une plateforme pour des interactions et des liens entre les chercheurs de la STIPRO, les chercheurs internationaux, et les spécialistes du développement d’Amérique latine, d’Asie et d’autres pays africains. Cette relation professionnelle a contribué au renforcement de la capacité de la STIPRO par rapport à la recherche sur les politiques et au dialogue politique aux échelles nationale, régionale et internationale.

Les occasions d’entreprendre des projets conjoints pour surveiller la mise en oeuvre des ODD entre la STIPRO et les autres membres de SV se sont améliorées après cet événement.
La couverture médiatique de l’événement a sensibilisé les intervenants de la sphère politique au réseau de SV et à ses activités.

L'article - Team CPD

Surveillance après l’effondrement du Rana Plaza : Une initiative de la société civile

Équipe du CPD



Contexte

Le Centre for Policy Dialogue (CPD) est un Think Tank basé au Bangladesh. Le CPD a entrepris un programme de surveillance géré par la société civile après l’effondrement du Rana Plaza (Post-Rana Plaza Monitoring: A Civil Society Initiative), à la suite de la catastrophe qui est survenue le 24 avril 2013. Le Rana Plaza regroupait cinq usines de vêtements. Cette tragédie a causé la mort de plus de 1 130 travailleurs du secteur du prêt-à-porter et en a blessé gravement plusieurs autres milliers. Immédiatement après la catastrophe, des promesses d’aide financière et d’autres mesures de soutien pour les victimes, ainsi que pour le secteur du prêt-à-porter ont été émises par le gouvernement, les fabricants de vêtements prêts-à-porter, des acheteurs internationaux et des partenaires de développement. Toutefois, une fois que les préoccupations immédiates ont été réglées, la mise en oeuvre des engagements pris a commencé à perdre son élan.
Le CPD est intervenu et a décidé de faire un suivi sur l’état réel du respect de ces engagements en partenariat avec les quatorze organisations de la société civile et quelques personnalités éminentes au Bangladesh.

Processus de l’exercice de surveillance

Un exercice de surveillance a été effectué rigoureusement pendant deux années consécutives, de mai 2013 à avril 2015. Par conséquent, plusieurs produits livrables ont été prévus en tenant compte des différents publics. Voici des exemples des principaux produits livrables :


  • Trois rapports approfondis basés sur les enquêtes sur le terrain et les entrevues menées avec tous les intervenants, y compris les victimes, les travailleurs du secteur du prêt-à-porter, les propriétaires d’usine, les responsables des politiques et les acheteurs de vêtements prêts-à-porter. 
  • Quatre dialogues de niveau national
  • Séances spéciales avec les partenaires de développement pour discuter de leurs responsabilités à cet égard
  • Réunions de groupes d’experts avec les intervenants pertinents
  • Page consacrée à ce sujet sur le site du CPD
  • Publication d’articles au pays et à l’étranger
  • Production d’une vidéo 


Soutien externe

Les ressources de Think Tank ont joué un rôle important pour concrétiser l’initiative. Le soutien de l’ITT a donné au CPD la confiance d’entreprendre ce travail difficile même s’il ne faisait pas partie du plan de travail annuel du CPD.
Résultats et répercussions
L’initiative du CPD a reçu une réaction extraordinaire. Les rapports ont été consultés en ligne à l’échelle mondiale. Il y a eu une grande participation aux dialogues, et une couverture médiatique importante. Plusieurs organisations et individus ont été incités à offrir leur aide aux victimes, après avoir entendu les difficultés auxquelles étaient confrontées les victimes grâce aux dialogues du CPD. Le CPD a été inclus dans les conseils consultatifs de certains des organismes clés participant au domaine de la conformité physique et sociale de l’industrie.
L’initiative a pu instaurer une responsabilité de la part des acteurs principaux, y compris le gouvernement et les grands acheteurs qui étaient chargés des mesures de suivi. L’initiative a présenté des suggestions concrètes concernant ce qui devrait être effectué pour combler les lacunes dans la mise en oeuvre des mesures prévues. L’initiative a également permis de mobiliser des intervenants clés, y compris des grands acheteurs de vêtements du Bangladesh, afin de discuter de modalités possibles concernant la répartition de la valeur le long de la chaîne de valeur pour encourager les investissements par les entrepreneurs en vue d’une meilleure conformité dans le secteur du vêtement du pays.
Bien qu’il y a eu un certain nombre d’initiatives concernant différents secteurs après la tragédie, une caractéristique distinctive principale de l’initiative du CPD est qu’elle était menée par un groupe dévoué d’organisations partenaires pendant une longue période.
Pour obtenir plus de renseignements, cliquez ici.

L'article - Astha Ummat

Lutter contre l’asymétrie de l’information concernant l’adoption de l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment de l’Inde – Le cas de NITI Aayog


Astha Ummat
Jeune professionnel
NITI Aayog 


Les secteurs résidentiel et commercial représentent 29 % de la consommation totale d’électricité en Inde, et cette part augmente de 8 % par année. Une part importante de cette consommation sert à répondre à la demande énergétique du chauffage, de la climatisation et de l’éclairage. Le secteur commercial de l’Inde présente un potentiel d’économie important du côté de la demande, par l’entremise de mesures d’efficacité énergétique. Selon une estimation récente, il devrait y avoir une croissance rapide des bâtiments en Inde, et l’espace des bâtiments actuels représentera seulement 30 % de la superficie qui sera probablement couverte en 2030. Par conséquent, les bâtiments continueront d’être un énergivore important dans le contexte indien.
Afin de mettre à profit la possibilité de « verrouiller » les économies d’énergie dans les bâtiments en Inde, il est nécessaire d’aborder différentes lacunes, y compris le problème de l’asymétrie de l’information, grâce à la diffusion d’expériences de projets et de meilleures pratiques, et du problème des obstacles transactionnels. Alors que les nouveaux bâtiments sont davantage disposés à l’adoption de technologies efficaces, ce sont les immeubles existants qui représentent un défi pour l’économie. Il est peu connu que l’efficacité énergétique permet également d’économiser de l’argent à court terme, et le modèle des entreprises de services éconergétiques (ESCO) rend même superflu le besoin d’un propriétaire d’immeuble de dépenser de l’argent, ce qui est parfois d’une importance vitale pour un gouvernement.
Le gouvernement à différents niveaux, de New Delhi à panchPyat, est également un grand consommateur d’énergie (bureaux, hôpitaux, gares, projets du secteur public et colonies d’employés). Des mesures d’économie d’énergie dans ces installations existantes permettraient d’économiser d’énormes quantités d’énergie et de catalyser un nouveau groupe d’entrepreneurs. NITI Aayog (autrefois la Commission du Plan de l’Inde) a récemment créé un précédent national en lançant deux types de mesures d’efficacité énergétique. L’exercice visait à aborder l’obstacle de l’asymétrie de l’information en mettant en vedette NITI Aayog comme un projet témoin de mesures d’efficacité énergétique, et à tracer la voie à suivre en ce qui concerne l’adoption plus facile et plus générale de mesures d’efficacité énergétique dans le secteur des bâtiments, dans un contexte où on montre l’exemple avec les bâtiments du gouvernement et du secteur public.
Le processus d’introduction de l’efficacité énergétique au sein de NITI Aayog a commencé en juin 2012. En consultation étroite avec le service central des travaux publics et le Bureau de l’efficacité énergétique (BEE), NITI Aayog a facilité l’applicabilité des rénovations d’efficacité énergétique afin de continuer vers l’obtention d’une cote de cinq étoiles du BEE pour ses bureaux. Il a ensuite évalué la faisabilité de mettre en place des panneaux solaires photovoltaïques sur le toit du bâtiment de NITI Aayog, avant d’exécuter ce projet.
NITI Aayog a entrepris cet exercice en tant que validation de principe pour l’adoption de mesures d’économie d’énergie dans les bâtiments, surtout dans ceux du gouvernement. Cet exercice a permis de franchir le mur des obstacles pour l’adoption facile de mesures d’efficacité énergétique dans les bâtiments gouvernementaux.
Cet exercice s’est déroulé en deux phases. Après la fin de la phase 1 des rénovations – qui ciblaient 60 % de la charge du bâtiment et la mise en place d’un système solaire photovoltaïque de 78,24 KWp sur le toit de l’immeuble de bureaux – NITI Aayog a reçu la cote d’efficience énergétique de cinq étoiles du Bureau de l’efficacité énergétique en février 2015. Le bâtiment, avec l’aide des panneaux solaires photovoltaïques sur le toit, a également commencé à produire sa propre électricité, ce qui contribue à l’utilisation de l’électricité dans le bâtiment.
Des rénovations visant l’efficacité énergétique ont été effectuées pour les climatiseurs, les ventilateurs de plafond, les lumières et les séries de pompes, alors que les appareils relativement inefficaces ont été remplacés par des appareils à haut rendement énergétique. Des mesures éconergétiques pour les climatiseurs ont également été mises en place, et le système de condensateur existant a été augmenté pour améliorer le facteur de puissance de l’immeuble. En ce qui concerne les gains quantitatifs, NITI Aayog a réalisé des économies de 19 % par rapport à sa consommation énergétique de l’année précédente, et a réduit sa facture d’électricité de 20 lakh INR (une réduction de 13 % par rapport à l’année précédente) la première année après l’adoption de ces mesures. En tenant compte de l’investissement de capitaux et des économies prévues, NITI Aayog devrait récupérer son investissement au cours des trois prochaines années, après quoi toutes les économies réalisées sur la facture d’électricité pourront être accumulées par l’institution. Un système d’information de gestion énergétique (SIGE) en nuage est utilisé pour faire un suivi de la consommation énergétique des immeubles de manière transparente. Ces économies fournissent un argument convaincant pour l’adoption de mesures d’efficacité énergétique dans d’autres bâtiments gouvernementaux.
En vue de promouvoir et de faciliter la reproductibilité de cet exercice dans d’autres bâtiments gouvernementaux, NITI Aayog a assidûment poursuivi les organismes suppléants (service central des travaux publics, ministère de l’Aménagement urbain, entre autres) pour faciliter les interventions politiques à la lumière des difficultés que NITI Aayog a rencontrées en ce qui concerne les obstacles transactionnels pour adapter le modèle ESCO. NITI Aayog a réussi à obtenir des directives pour emprunter le modèle ESCO dans son propre immeuble pour la prochaine phase des mesures d’efficacité énergétique. Cela ouvre la voie pour la conversion d’un grand nombre de bâtiments gouvernementaux à des consommateurs ayant une cote d’efficience énergétique, ce qui se traduira par de grandes économies d’électricité et d’argent.
Ce projet pilote est un exemple classique de l’influence politique d’un ministère gouvernemental à un autre. Il met également en évidence le rôle que les gouvernements peuvent jouer dans la création d’un écosystème pour améliorer l’efficacité énergétique et pour affronter les obstacles connexes.

L'article Venesa Weyruch

Expérience dans l'impact des Politiques

Vanesa Weyruch
Consultante indépendante et chercheuse adjointe au CIPPEC



Dans le cadre des débats actuels sur la nature de l’influence sur les politiques et sur la façon de déterminer si les efforts d’un organisme de recherche sur les politiques ont porté des fruits, nous avons été récemment témoins d’une prise de conscience croissante de la complexité de cette tâche; les questions sur ce qu’il est vraiment possible ou vaut la peine de mesurer ne manquent pas.
En effet, une des principales constatations que font les personnes qui suivent notre  cours en ligne axé sur le suivi, l’évaluation et l’apprentissage (SEA) porte sur la nécessité de redéfinir l’influence sur les politiques : est-ce que seule l’influence exercée sur une politique ou un programme particulier devrait être considérée comme de l’influence sur les politiques ? Qu’en est-il des changements qu’on réussit à opérer dans les mentalités, les croyances, les cadres, les idées, les ressources, les capacités et les relations entre les intervenants qui sont soumis à l’influence des politiques ou qui peuvent l’être ? Une véritable contribution à l’élaboration de nouvelles politiques ou la participation à la modification d’une politique existante peuvent-elles être considérées comme le Graal.

Grâce à des échanges riches et suivis avec des collègues de pays en développement, nous avons constaté une reconnaissance et une prise de conscience considérables du besoin d’élargir la portée du concept d’influence sur les politiques pour y intégrer, par exemple, les incidences à court terme à l’échelon des acteurs (changements dans les mentalités, les comportements, les croyances, le discours, etc.). Ces changements sont souvent nécessaires pour qu’on soit ensuite en mesure d’exercer une influence sur les décisions et, par conséquent, de modifier ou de créer de nouvelles politiques inspirées par les recherches produites. Il est donc capital de reconnaître le long cheminement et la nature diversifiée de l’influence pour évaluer les réussites et les échecs, y compris les parties prenantes que doit toucher notre travail. En fait, ce qui peut apparaître comme une situation gagnante, par exemple l’adoption, par un responsable des politiques, d’une recommandation issue directement de notre recherche, peut devenir un échec lorsqu’il décide d’offrir un nouveau service sans gérer de façon avisée ses coûts implicites. Dans cet article   publié sur le site de Politics & Ideas, Ulviyya Mikayilova, directrice de l’unité responsable des politiques au Center for Innovations in Education (CIE), en Azerbaïjan, décrit cette situation paradoxale et met en avant le besoin de remettre en question la véritable nature de l’influence sur les politiques.
Qui plus est, le fait d’avoir contribué à un changement de politique bien précis (c.-à-d. après avoir élaboré une formule pour calculer une répartition plus équitable des nouveaux fonds destinés à prolonger les heures d’enseignement pour les élèves les plus pauvres) n’est qu’un nouveau chapitre d’une histoire complexe et non linéaire. Il ne suffit pas de reconnaître l’ampleur des efforts, des activités, des stratégies et des relations qu’ont déployés un groupe de chercheurs ou un établissement de recherche pour informer, convaincre et aider d’autres personnes à mettre au point un tel changement. Une fois qu’on possède le nouveau contenu — ou qu’on met en oeuvre de nouvelles procédures — il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour aider à faire en sorte que ce changement ait des répercussions tangibles sur les bénéficiaires de cette politique. En somme, pour de nombreux bailleurs de fonds et bénéficiaires, il s’agit de savoir si la recherche a aidé à améliorer la vie de la population. Vaut-il la peine d’y investir ?

Pour répondre à cette question de façon intelligente et utile, il nous faut procéder à de nouvelles discussions et à de nouvelles réflexions. Par exemple, les think tanks/institutions de recherche sur les politiques sont-ils responsables des répercussions finales ? Devraient-ils ou peuvent-ils l’être ? Peut-on se contenter de revendiquer une contribution à un changement de politique fondé sur une recherche pertinente de grande qualité sans produire par la suite des données probantes sur les raisons qui expliquent le succès ou l’échec de cette politique ?

Il ne s’agit nullement d’un dilemme sans importance. Dans quel cadre notre travail s’inscrit-il ? Quand la tentative d’exercer une influence sur les politiques devrait-elle prendre fin ? Est-ce à l’étape de la conception, c.-à-d. après avoir proposé avec succès de bonnes idées issues de la recherche qui mènent à l’élaboration de nouvelles politiques ou à la modification d’une politique existante ? Qu’advient-il alors de la mise en oeuvre ?

Il se peut que certains organismes se désintéressent de ce qui survient par la suite. Il incombe à l’État, et cela est du ressort du gouvernement, de mettre tout en oeuvre pour s’assurer que les politiques soient déployées de manière à obtenir, dans toute la mesure du possible, les résultats visés. Les parties prenantes de l’extérieur ne peuvent jamais être tenues responsables de cette étape et elles ne devraient tenter ni d’influencer ni de contrôler cette démarche, sans compter que cette façon de faire porterait atteinte aux capacités de l’État et à son obligation de rendre des comptes.
D’autres, par contre, décident de s’engager encore davantage : certains, en procédant au suivi et à l’évaluation des résultats de la politique afin d’éclairer les futurs efforts et de devenir des gardiens sociaux au nom des bénéficiaires visés. D’autres encore s’engagent dans la mise en oeuvre des politiques : ils se mouillent et s’emploient à fournir de l’assistance technique ou à renforcer les capacités des hauts fonctionnaires de sorte que la politique soit mise en oeuvre comme il se doit ou, à tout le moins, qu’elle maintienne le cap. Cette façon de faire fournit aussi des enseignements en vue des efforts et des recommandations futurs. Toutefois, qu’arrive-t-il lorsqu’on ne souhaite procéder de la sorte que dans le cas des premiers projets pilotes ou seulement pour des responsables des politiques de certains niveaux ? Ces organismes possèdent-ils suffisamment de ressources (humaines et financières) pour jouer un véritable rôle lorsqu’il s’agit de politiques de moyenne ou de grande échelle ? Y perdraient-ils de l’indépendance, de l’autonomie et leurs capacités à continuer d’innover ?
De toute évidence, une approche qui reconnaît la complexité révèle qu’il n’y a pas de réponse unique ou bonne à cette question. Bien au contraire : elle exige que les personnes qui jouent à ce jeu réfléchissent davantage et déterminent de façon plus avisée quel pourrait être leur meilleur rôle. Il se peut que les réponses varient en fonction de la diversité des contextes politiques, des priorités et des valeurs organisationnelles, des capacités d’autres parties prenantes de l’extérieur de jouer des rôles semblables, etc.

L’influence sur les politiques est un kaléidoscope en perpétuel changement et l’on ne saurait faire fi du besoin de demeurer flexible et dynamique. Toutefois, il faut éviter le risque de tout simplement suivre la tendance en réagissant là où se présentent les demandes et les occasions émanant de tiers sans remettre en question, à certains points critiques du développement, ces principaux buts, mission et vision. Une certaine structuration assure la bonne santé d’un organisme de recherche sur les politiques, en préservant son identité. Une certaine souplesse lui permet de conserver sa pertinence, d’être apprécié et de demeurer nécessaire. Il est loin d’être facile d’en arriver à un tel équilibre, mais celui-ci aidera probablement l’établissement à s’épanouir dans un milieu des politiques en perpétuel changement et de plus en plus complexe.


L'article - Alex Gywther

Une note d’introduction à l’article d’Alex Gywther : « Want an Impact. Tell a Good Story. 

Alex Gywther
Communications Manager at UKCDS



Une bonne partie de la litanie ou du discours quotidien concernant les répercussions de la recherche porte sur la façon d’accroître les répercussions de la recherche. De nombreuses heures sont consacrées à l’élaboration de la meilleure stratégie pour accentuer les effets de la recherche sur différents publics.
Que se passerait-il si on dirigeait plutôt notre attention vers une différente question ? Qu’en est-il de la recherche qui a fait une différence dans la vie de personnes ? Quelles sont les histoires de répercussions et de réussites provenant des recherches pour le développement ? Quelles informations sont révélées par les histoires concernant les répercussions de la recherche et l’utilité des recherches de qualité pour susciter des changements ? De nombreuses activités de recherche ont des répercussions importantes, mais il arrive souvent qu’elles ne se traduisent pas par une belle histoire qui attire les gens.
Dans un article intitulé « Want an impact? Tell a good story » http://www.researchtoaction.org/2015/11/want-an-impact-tell-a-good-story/ (Une bonne histoire engendre des répercussions), Alex Gwyther relate l’histoire d’un projet entrepris par UK Collaborative on Development Sciences (UKCDS), dans le cadre duquel on a rédigé 20 histoires concernant les répercussions des recherches pour le développement. L’article d’Alex Gwyther démontre le pouvoir qui découle de l’utilisation d’histoires pour attirer un public. Les histoires de répercussions, développées par UKCDS, transportent le lecteur dans le monde de la recherche et des chercheurs, et permettent au lecteur de « ressentir le processus de changement » et d’élaborer son propre récit et son propre sens.

Analyse par Susan Koshy
Conceptrice d’expériences d’apprentissage, responsable de l’application des connaissances et
conservatrice. 
Innohealth Systems/Blank Canvas

L'article - Andriy and Zoryana

 Approches et défis pour évaluer les répercussions sur les politiques

Andriy Andrusevych 
Experts principaux des politiques

Zoryana Kozak
Experts principaux des politiques

Contexte

Notre expérience de l’utilisation de différentes méthodes pour évaluer les répercussions sur les politiques est limitée aux politiques environnementales, le domaine principal de notre Centre. Toutes les méthodes utilisées au Centre ont été appliquées dans le contexte du cadre de surveillance, d’évaluation et d’apprentissage (cadre MEL [« monitoring, evaluation and learning (MEL) framework »], en anglais).
Lorsqu’on commence une évaluation des répercussions sur les politiques, il est important de fixer un seuil entre l’évaluation des répercussions sur les politiques, d’une part, et l’efficacité des activités (ou des projets) de l’organisation d’autre part.

Cadre MEL comme projet pilote

Nous nous sommes servis du cadre MEL comme système complet pour surveiller et évaluer les répercussions d’un projet précis (projet lié au suivi de la croissance verte en Ukraine). Cela a énormément simplifié l’application de cet instrument au sein de l’organisation. Les éléments clés du cadre MEL comprenaient l’élaboration d’indicateurs pour les résultats prévus, les sources, la collecte de données, les analyses périodiques et les discussions (apprentissage). Des renseignements supplémentaires sur les difficultés que nous avons dû relever se trouvent ici.
Toutefois, nous croyons qu’il y a certaines expériences précises qui méritent d’être décrites plus en détail ici.
Les indicateurs mécaniques (ou statistiques) sont très populaires ces jours-ci parmi les analystes (p. ex. mentions J’aime de Facebook, ou statistiques de page Web). Toutefois, ces indicateurs ont une capacité limitée pour évaluer les répercussions des Think Tank. Notre public cible est souvent restreint (parfois même très restreint). Pour cette raison, le fait que notre document sur la politique ait été téléchargé par 10 000 utilisateurs n’indique pas nécessairement que les personnes visées le connaissent. Dans ce contexte, nous constatons le besoin de remplacer les indicateurs mécaniques, peu importe à quel point les diagrammes et les autres outils visuels peuvent sembler attrayants à votre équipe de planification ou de supervision. Par exemple, nous considérons que de courtes entrevues avec des représentants des groupes cibles soient une solution de rechange efficace aux indicateurs statistiques pour évaluer les résultats précis (répercussions). La participation passive du groupe cible peut également être utile.

Nous avons trouvé difficile, voire impossible, de se servir du cadre MEL de façon similaire à un détecteur à rayon X pour le système de planification actuel de l’organisation, surtout en ce qui concerne la planification stratégique. Le cadre MEL nécessite une intégration complète à la planification au niveau visé par l’évaluation. Si vous voulez évaluer les répercussions de votre travail sur les politiques, le cadre MEL doit être intégré dans la planification stratégique d’une organisation. 
Nous avons également appris que le choix d’indicateurs pour mesurer les répercussions nécessite une analyse approfondie du contexte de la politique... Cela s’applique également à l’évaluation rapide initiale du secteur politique pertinent au moyen d’indicateurs précis, et aux particularités du processus d’élaboration des politiques. Plus particulièrement, vos partenaires, concurrents ou groupes cibles peuvent délibérément cacher vos répercussions sur le secteur politique (par exemple, en se servant de vos idées ou en suivant des recommandations précises sans vous citer comme source). Il pourrait également y avoir des raisons où vous ne voudriez pas visualiser vos répercussions; cela mènerait inévitablement à choisir des méthodes d’évaluation spéciales, en particulier pour éviter les subjectivités pendant l’utilisation de l’information privilégiée (données).
Un autre exemple de notre expérience : ressources et pragmatisme. Le processus d’évaluation des répercussions sur les politiques exigera la participation de la majorité des employés (qui ont participé au travail relatif aux politiques pertinent). Pour ce faire, il faudra des ressources importantes. La conclusion est évidente : Pendant l’élaboration d’un cadre MEL – un système pour évaluer vos répercussions ou l’efficacité de vos activités – il est préférable d’être extrêmement pragmatique, voire conservateur en sélectionnant seulement des objectifs et des méthodes clés pour l’évaluation. Abuser des bonnes choses peut nuire à vos efforts. 

Défis

D’après notre expérience, nous élaborons maintenant un système MEL pour toute l’organisation. Dès le départ, l’évaluation des répercussions sur les politiques de l’organisation (même dans un domaine politique précis) pose certaines difficultés. Plus particulièrement, comment peut-on distinguer ses répercussions de celles des autres acteurs ? Comment séparer l’évaluation des répercussions sur les politiques de l’évaluation de ses activités ? Concernant cette dernière question, il est beaucoup plus facile de concevoir des indicateurs pour un projet ou un programme, et de sélectionner les méthodes d’évaluation pertinentes.

Facteurs clés pour l’élaboration d’un système d’évaluation des répercussions sur les politiques

La sélection des indicateurs est un élément clé de l’élaboration d’un cadre MEL. Selon nous, un système d’évaluation des répercussions sur les politiques efficace devrait comprendre quelques indicateurs, qui sont ancrés dans des initiatives ou des projets précis. Les indicateurs devraient être « tangibles » et ne pas permettre de généralisations, afin de servir comme facteur de motivation important pour le personnel, en plus de servir à ses fins d’évaluation des répercussions sur les politiques. Enfin, alors que les indicateurs devraient être stables, ils doivent pouvoir refléter les changements dans le contexte politique. 
Nous prévoyons un élément subjectif dans le système d’évaluation, et c’est une bonne chose. L’élément subjectif est une conséquence de la sélection d’indicateurs, lesquels ne sont pas mécaniques (statistiques). 
Afin d’évaluer les répercussions d’une organisation sur les politiques, il faut établir des méthodes pour mesurer sa propre contribution. Il serait difficile de mesurer les répercussions sur une politique sans définir sa propre contribution. La définition de sa propre contribution peut être effectuée par l’évaluation de segments distincts : initiatives et projets mis en œuvre par l’organisation. C’est pourquoi tous les indicateurs d’un système d’évaluation des répercussions sur les politiques devraient être ancrés dans des initiatives et des projets précis. De plus, cela donnerait lieu à une collecte de données plus facile et efficace. 

Nous sommes d’avis qu’il est nécessaire de définir clairement les objectifs d’une évaluation dans le contexte de la planification stratégique d’une organisation. Il pourrait s’agir d’une de ces décisions « soit X, soit Y » au tout début. Traditionnellement, vous commenceriez probablement par établir des résultats prévus clairs pour votre travail dans un domaine politique précis. Pourtant, le processus d’évaluation des répercussions sur les politiques pourrait être davantage adapté à un ou à plusieurs éléments du processus politique : intervenant clé, processus politique et substance de la politique (sujet). Cela pourrait permettre l’élaboration d’un système MEL qui n’est pas axé sur l’organisation (c.-à-d. basé sur sa vision, sa structure, ses priorités et ses tâches), mais qui réglemente aussi complètement la structure du domaine politique (processus) pertinent. Par exemple, à une certaine étape, nous pourrions nous intéresser davantage aux répercussions que nous avons sur un groupe précis de responsables politiques qui encadre une politique de protection des oiseaux en Ukraine (il pourrait s’agir d’un comité parlementaire), plutôt que la substance de la politique en tant que telle, ou le processus d’élaboration de politiques. En revanche, pour certains Think Tanks, la transparence du processus d’élaboration de politiques pourrait être prioritaire. 

L'article Diagne

La lutte contre le tabagisme en Afrique Occidentale


Prof. Diagne Abdoulaye
Director CRES



Six millions de personnes meurent en raison de la consommation du tabac, et cinq millions de personnes sont touchées par des maladies liées au tabac (cancer, maladies cardiovasculaires, diabète, etc.). De plus, 80 % des fumeurs qui habitent dans des pays pauvres ou de classe moyenne dépensent leurs ressources financières dans le tabac plutôt que de satisfaire à leurs besoins de base, comme l’alimentation, l’éducation et les soins de santé. Ces raisons, entre autres, expliquent pourquoi le Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES) a décidé de se joindre aux efforts de la lutte contre le tabagisme à l’échelle mondiale, particulièrement en Afrique.

Avant 2013, le Sénégal ne disposait d’aucune loi sur le tabagisme, malgré la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) et le fait que cette Convention-cadre ait été ratifiée en 2005. Afin de remédier à ce manque de cadre juridique concernant le tabac, le CRES a décidé en 2010 d’aider le ministère de la Santé en établissant une équipe pluridisciplinaire composée d’avocats et de militants qui ont développé un projet de loi relatif à la réglementation de la production, de la consommation et de la distribution du tabac. Pour y arriver, le CRES a collaboré avec des conseillers juridiques et le ministère de la Santé pendant tout le processus de rédaction, et a également inclus des membres du gouvernement et certains leaders religieux très influents au Sénégal. Cette initiative a renforcé le lien entre les associations de la société civile du Sénégal, qui ont créé la Ligue sénégalaise contre le tabac (LISTAB). Cette fédération d’associations a mené des campagnes importantes de sensibilisation et de lobbying pour l’adoption d’une loi concernant l’utilisation et la production du tabac. Cette stratégie a porté ses fruits et a donné lieu à l’adoption d’un projet de loi par le gouvernement en juillet 2013 et par les parlementaires en mars 2014.

Bien qu’il travaillait à l’échelle nationale et qu’il savait que la taxation des produits du tabac était la façon la plus efficace de réduire la consommation de tabac, le CRES tenait également à contribuer à la protection de millions de personnes en modifiant les directives régionales concernant la taxation des produits du tabac. À cet égard, le CRES a d’abord fait appel à des chercheurs, à des statisticiens, et à des employés fiscaux et douaniers pour composer 15 équipes nationales et rédiger 15 profils de pays nationaux sur les aspects économiques du tabagisme et les politiques de taxation nationales, y compris des recommandations pour le renforcement des systèmes fiscaux. La prochaine étape consistait à rédiger un document de sensibilisation qui rassemblait toutes les données internationales qui justifiaient cette réforme, et de le soumettre aux décideurs nationaux et régionaux.

Un autre aspect de la politique du CRES pour influencer la stratégie consistait à appuyer la communication entre les chercheurs, les militants antitabac et les responsables des politiques, en organisant trois conférences régionales où ils faisaient part des résultats de leurs recherches et de leurs points de vue, et où ils ont pu réfléchir ensemble pour établir une solution pour une politique fiscale à des fins de santé. Pendant la dernière conférence régionale, le représentant du parlement régional a signé une déclaration officielle, la « Declaration of Abdijan », qui soulignait le besoin impérieux d’adopter de nouvelles façons pour freiner la croissance de la pandémie. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les ministères des Finances et de la Santé, en collaboration avec des associations de la société civile et des organisations internationales ont rédigé les directives régionales provisoires qui ont été officielles soumises aux deux unions régionales ouest-africaines (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [CEDEAO] et Union économique et monétaire ouest-africaine [UEMOA]). Les deux organisations régionales se sont servies de ce document pour convoquer une réunion technique sur ce sujet, et travaillent actuellement à la mise en place de réformes concernant les taxes sur le tabac liées aux politiques régionales. Au même moment, les pays ouest-africains ont modifié leurs politiques de taxation du tabac.

Une telle décision aura un impact majeur sur la réduction de la prévalence de la morbidité, de la mortalité et des coûts de santé publique liés au tabagisme dans les pays ouest-africains. En raison de ce projet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a remis un prix au CRES.


L'article - Sebin Nidhri

Surveillance de l’infrastructure par les citoyens – Expériences d’un projet sur les routes du plan PMGSY


Sebin B. Nidhiri
Programme Officer, Public Affairs Centre



Introduction

Une solide infrastructure est essentielle, étant donné qu’elle a des répercussions sur de nombreux autres secteurs; il s’agit donc d’un élément crucial pour le développement national. La nature de l’infrastructure est telle que tous les projets de développement impliquent énormément d’argent. Un ingénieur a déjà fait la blague que la partie la plus difficile de son travail était de compter tous les zéros dans les budgets de ces projets.
Les villages de l’Inde, où habitent deux tiers de la population du pays, demeurent en grande partie déconnectés parce qu’ils n’ont pas de routes praticables en tout temps, même en l’an 2000. Le plan Pradhan Mantri Gram SadakY ojana (PMGSY) a été lancé en vue de corriger cette situation. Le plan visait à fournir un accès en tout temps à environ 1,7 lakh d’habitations déconnectées jusqu’à ce jour. La National Rural Road Development Agency (NRRDA) a été créée pour superviser la mise en œuvre du plan dans le cadre duquel on a construit 427 399 km de routes jusqu’à maintenant (Source : Portail d’information officielle sur le plan PMGSY), aux coûts de  1 174 860 525 000 Rs. Dans les régions rurales, une route est bien plus qu’un outil de transport; il s’agit d’un lien vital qui peut faire la différence entre la vie et la mort. Une route décide si les récoltes se rendent au marché à temps, ou si une femme en travail se rend à l’hôpital à temps.

Contexte

Afin de faire de la place à la surveillance par les citoyens dans un secteur complexe comme celui de l’infrastructure, le Public Affairs Centre a lancé en 2005 un projet sur la surveillance de l’infrastructure des routes du plan PMGSY en partenariat avec la Banque mondiale et la NRRDA. Les routes du plan PMGSY étaient un point de départ idéal, en raison de la nature dispersée du projet (rendant la surveillance plus difficile) et de l’importance d’une route rurale. Une trousse conviviale à l’intention des citoyens a été préparée, qui pouvait être utilisée par n’importe qui ayant une formation de base pour évaluer les paramètres d’une route. Le PAC a lancé le processus dans l’État du Tamil Nadu, et plus tard dans l’État du Karnataka et l’État d’Orissa. Les outils ont été mis à l’essai sur le terrain et le processus a été modifié en conséquence. Le processus a ensuite été mis en oeuvre sur des routes sélectionnées dans les États de Rajasthan, de Meghalaya et de Jharkhand. D’autres améliorations ont été apportées au processus, et la surveillance par les citoyens est actuellement utilisée dans sept États. Le processus a évolué au fil des ans. Actuellement, il consiste à identifier des volontaires par l’entremise d’organisations ayant une présence sur la scène locale dans les États, à les former, à recueillir des rapports sur les routes par leurs soins, et à présenter les résultats à la NRRDA et aux différentes agences de développement de routes rurales dans les États (State Rural Road Development Agencies [SRRDA]), qui prennent ensuite les mesures appropriées selon les résultats. Une deuxième phase de surveillance est également entreprise pour étudier les changements ou les améliorations qui ont été apportés sur ces routes. À la fin du processus, des réunions sont tenues dans chaque État, où on réunit le gouvernement, les entrepreneurs, la société civile et les citoyens pour faire part des résultats sur les deux phases de surveillance par les citoyens.
Tout au long du processus, un sentiment d’appropriation est inculqué parmi les villageois par rapport aux routes de leur village. De plus, une option de participation est offerte aux villageois par rapport au rôle de surveillance de la construction et de l’entretien de « leurs » routes. On sensibilise également les citoyens aux façons de régler les griefs, grâce à des affiches, des films documentaires et des gram sabhas. L’objectif général est de peaufiner le processus pour mettre en place un processus solide et durable qui pourrait être mis en oeuvre à l’échelle du pays, dans le cadre duquel les résidents d’un village effectueraient la surveillance continue de leurs routes.

Répercussions sur les politiques

Le fait que l’agence gouvernementale de mise en oeuvre travaille en partenariat avec le PAC à l’étape du projet pilote est l’une des réussites du programme. Grâce au succès des projets pilotes, le gouvernement envisage de modifier la politique pour inclure une composante de surveillance par les citoyens dans les lignes directrices du plan PMGSY. Le PAC croit fermement que les connaissances requises aux bons endroits peuvent faire des miracles. Un changement de politique ne devrait pas se limiter aux contributions des intellectuels, mais devrait également être basé sur des preuves à la base.
Le projet pilote a relevé des cas où des entrepreneurs ont repris et terminé des travaux routiers qui étaient inactifs pendant des mois, où des volontaires formés ont été contactés par des villageois voisins pour surveiller les routes, et où des ingénieurs d’agences de mise en oeuvre ont présenté des propositions de projet et ont fourni des raisons expliquant pourquoi certains travaux étaient inappropriés et les mesures qui avaient été mises en place. Les volontaires ont développé une confiance par rapport à leur voix au chapitre et au fait qu’ils pouvaient susciter des changements. La surveillance par les citoyens est une idée qui arrive à point.

(L’auteur est un administrateur de programme au sein d’un groupe de soutien des mesures par les citoyens dans le PAC qui travaille sur la surveillance par les citoyens des routes du plan PMGSY. Il échange sur Twitter à @sebinbn.)

L'article - Stephen Yeo

Influence sur les politiques – Signification et évaluation 


Stephen Yeo
Premier dirigeant
African Centre for Economic Transformation (ACET)


Les termes « répercussions sur les politiques » et « influence sur les politiques » sont souvent utilisés, mais rarement clairement définis. Ce n’est pas parce que leur sens n’est pas clair pour toutes les personnes concernées : au contraire, le sens est soit très simple, soit très vague.

D’abord, la vision trop simpliste : « J’ai rédigé un article de recherche qui a été publié dans une revue de grand renom. Le Ministre a lu l’article et a immédiatement mis en oeuvre la politique que j’ai recommandée dans l’article. » Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de connaissances sur le fonctionnement de la politique et des gouvernements pour savoir que cette déclaration est plutôt ridicule. Les ministres ne lisent pas les articles de recherche dans les revues scientifiques. De plus, même s’ils lisaient ces articles, ils ne baseraient pas leurs politiques sur le dernier article de revue qu’ils ont lu. Cette vision simpliste est toutefois attrayante, et pas seulement parce qu’elle est facile à comprendre. Si l’élaboration de politiques se déroulait de cette façon, il serait facile d’évaluer l’influence des recherches sur les politiques; il suffirait d’examiner les articles de revue et d’établir un lien aux changements politiques, ou d’examiner un changement apporté à une politique et de tenter de déterminer les articles de revue que le ministre lisait à ce moment.

Heureusement (ou malheureusement selon la perspective d’évaluation), la vision simpliste est passée de mode depuis assez longtemps – depuis les années 1960 en fait. Depuis, cette vision a été remplacée par une vision plus réaliste et plus nuancée, mais plus difficile à mesurer.

D’où provient cette vision plus nuancée, et en quoi consiste-t-elle ? Carol Weiss, une professeure à l’Université Harvard qui a étudié la politique d’éducation américaine dans les années 1970, est en grande partie responsable de cette nouvelle vision. Elle a souligné le rôle d’« éclaircissement » de la recherche, c’est-à-dire la capacité de la recherche de créer un cadre dans lequel les responsables des politiques pouvaient analyser les choix politiques et en discuter. Les chercheurs pourraient avoir une influence indirecte mais énorme sur les politiques simplement en élaborant les conditions selon lesquelles les débats publics concernant une politique sont menés et selon lesquelles les responsables des politiques réfléchissent à la situation.

Cette idée a beaucoup de mérite – il suffit de penser à la façon dont les débats sur le développement ont changé entre les années 1950 et 1990, passant des discussions sur les plans nationaux et de la planification centrale qui étaient à la mode pendant les années 1950 à la réflexion axée sur le marché des années 1990, où tous les problèmes et enjeux politiques étaient encadrés par des termes économiques, et où toutes les réponses semblaient provenir des économistes. En effet, le pouvoir d’encadrer un enjeu peut être très puissant.

Fred Carden est allé un peu plus loin avec cette idée dans son étude historique de 2009 concernant l’influence sur les politiques (http://www.idrc.ca/EN/Resources/Publications/Pages/IDRCBookDetails.aspx?PublicationID=70
). Il a défini trois différentes voies par lesquelles la recherche peut avoir une incidence sur les politiques : accroître les capacités des politiques, élargir les horizons politiques et influer sur les régimes décisionnels. Accroître les capacités des politiques consiste à renforcer la capacité des responsables des politiques à analyser la recherche pertinente aux politiques et à assimiler les idées qu’elle renferme. Élargir les horizons politiques consiste à introduire de nouvelles idées et options dans les débats politiques, une notion semblable mais pas tout à faire pareille à l’idée de Weiss, selon laquelle la recherche fournit des éclaircissements ou des cadres pour la discussion. L’influence sur les régimes décisionnels concerne également la capacité, comme la première voie, mais porte davantage sur les processus par lesquels les politiques sont discutées et choisies que sur les personnes concernées.

Il s’agit d’une façon très différente de réfléchir à l’influence sur les politiques. Cela va « bien au-delà de la simple modification de politiques spécifiques »; en fait, selon Carden, « l’influence la plus significative et durable ne consiste pas tant à apporter des changements à certaines politiques qu’à renforcer la capacité – chez les chercheurs et chez les responsables des politiques – pour leur permettre de produire et de mettre en application des connaissances qui permettront de meilleurs résultats ». Toutefois, dans cette version plus nuancée, l’influence et les répercussions ressortent seulement à long terme. Comme le relève Carden, « il faut parfois des années, voire des décennies, avant que ce type d’influence se fasse sentir ou devienne manifeste. Cela  est cependant très important. »

Par conséquent, nous avons une notion beaucoup plus compliquée de l’influence sur les politiques. Toutefois, les complications ne s’arrêtent pas là. Un développement plus récent est l’apparition de méthodes plus systématiques et rigoureuses pour évaluer les répercussions sur les politiques. La plus connue de ces méthodes consiste en des essais comparatifs sur échantillons aléatoires, qui sont devenus beaucoup plus communs et influents au cours des quinze à vingt dernières années. L’évaluation des répercussions – que ce soit par des essais comparatifs sur échantillons aléatoires ou d’autres méthodes – consiste habituellement à examiner des politiques existantes plutôt qu’à proposer de nouvelles politiques. La recherche peut donc avoir une influence importante sur la réflexion des responsables des politiques en démontrant qu’une politique existante ne donne pas les résultats voulus, plutôt que de trouver une idée pour une toute nouvelle politique. À certains égards, il est ainsi un peu plus simple d’établir des liens entre la recherche et les politiques, parce que les évaluations des répercussions sont normalement très visibles et peuvent souvent être clairement liées au discours politique.

Il en ressort un cadre plus sensé pour réfléchir à la façon dont la recherche peut influer sur la politique qui va bien au-delà de savoir si des travaux de recherche particuliers étaient responsables d’un changement précis à une politique (p. ex. une nouvelle loi, un changement à une pratique réglementaire, ou une décision de modifier une variable qui est sous le contrôle d’un responsable de politiques). Mais parallèlement, ces notions engendrent des défis importants pour les chercheurs et les Think Tanks qui doivent démontrer que leurs recherches ont eu des répercussions, ou pour les évaluateurs qui doivent examiner un programme ou un projet de recherche.

En effet, même dans le cas apparemment simple d’un changement de politique qui concerne une nouvelle loi, il n’est pratiquement jamais possible de « prouver » que des travaux de recherche précis ont donné lieu au changement à la politique. De nombreux facteurs influencent une décision politique, et la recherche n’en est qu’un seul – dans de nombreux cas, la recherche peut être beaucoup moins importante que d’autres facteurs, comme le milieu politique. Pourquoi ne pas simplement demander au politicien ou au fonctionnaire (qui a pris la décision de modifier la politique) d’expliquer la raison de sa décision ? En fait, même cette méthode est loin d’être simple – il est parfois loin d’être évident de savoir quel individu a réellement pris la décision, ou même si un seul individu était responsable de la décision. Il est donc possible qu’on ne sache pas à qui poser la question.


Il faudrait donc se fier à d’autres éléments de preuve pour mesurer les répercussions. Il pourrait être nécessaire d’analyser le contenu des documents (livres blancs, livres verts, discours par des politiciens et des fonctionnaires) pour détecter l’influence d’un travail de recherche, ou d’interroger un plus grand nombre de personnes qui ont participé de près au processus de prise de décision, et de tenter de « trianguler » leurs réponses. Cela commence à ressembler davantage au travail d’un bon journaliste ou d’un détective. Donc, même dans le cas « simple » d’une modification discrète à une politique, il est difficile de retracer la modification à un document ou à un projet de recherche.

Le défi est encore plus important pour les types plus complexes d’influence sur les politiques, comme le rôle de la recherche dans l’établissement d’un cadre pour l’analyse et le débat des politiques. Comment mesureriez-vous un changement dans un cadre ? Cela exigerait une analyse documentaire encore plus élaborée, et l’interrogation d’un nombre beaucoup plus important d’intervenants.

Les difficultés par rapport à l’évaluation de l’influence de la recherche sur les politiques sont connues et reconnues depuis un certain temps, mais il y a eu assez peu de tentatives systématiques pour traiter la question. Les travaux de Carden – qui examinent l’influence de 23 projets financés par le CRDI sur les politiques au moyen d’un cadre commun – sont probablement l’exemple le plus ambitieux. Toutefois, ces travaux ont seulement effleuré le problème, qui est l’un des casse-tête les plus difficiles et fascinants auxquels sont confrontés les chercheurs, et ceux qui les évaluent.